Acteurs de l'Autre Marché, ép. 6/6

"Oser" l'emploi solidaire

Oser Forêt Vivante Oser Forêt Vivante

Travailler… pour travailler plus ! Car le boulot n'est pas forcément une torture1 : cela peut aussi être une délivrance ; une porte pour se réinsérer dans une société dont l'on a décroché, une oasis au bout d'un chemin de croix. Oser-Forêt Vivante donne un coup de pouce à 60 salariés répartis sur cinq chantiers d'insertion et emploie environ 100 personnes chaque mois en "missions d'intérim solidaires". Une aventure humaine pour des produits de qualité qui trouveront notamment leur place sur l'Autre Marché, à Nantes, du 4 au 23 décembre.

Formation insuffisante, difficultés familiales ou conjugales, problèmes de santé… les freins à l'emploi sont nombreux. Parfois, seul un travail d'accompagnement individualisé et quotidien permet de les identifier et d'y apporter une solution. Et du bas-côté à la voie du succès, le chemin vers l'accomplissement professionnel nécessite alors de prendre un vrai virage. "Le chantier d'insertion est un outil qui permet à des personnes éloignées de l'emploi de se réinsérer à l'aide d'un support d'activité", analyse Pascale Bosque, directrice de l'association Oser-Forêt Vivante depuis 2002. "Nous fonctionnons avec des contrats à temps partiel de six mois minimum, et les salariés sont encadrés par des chefs de chantier. L'objectif est de lever les freins, qu'ils soient sociaux ou professionnels, afin que les personnes deviennent autonomes dans leur recherche d'emploi."

logo Autre MarchéL'association propose toutes sortes de produits et services aux collectivités, aux entreprises et même aux particuliers : jardinage, menuiserie, ménage, repassage, peinture, valorisation et recyclage des déchets, préparation de buffets et de plateaux-repas, vente de conserves et de paniers de légumes… Tout au long de l'année, des salariés en insertion, encadrés par des professionnels, se forment en participant à cinq chantiers : Oser Jardin (en cours de conversion biologique), Oser Menuiserie, Oser Forêt Vivante, Oser Méli-Mélo et Oser Au fil du linge. En parallèle, une association intermédiaire, sorte "d'agence d'intérim solidaire", met en contact des employeurs potentiels avec des travailleurs intermittents, parfois issus des chantiers d'insertion.

Des militants à la "holding" solidaire

Oser Forêt Vivante logo

Il était une fois un collectif de chômeurs qui prit son destin en main… En 1984, "à l'initiative de militants CFDT issus de l'ANPE et des Assedic, quelques demandeurs d'emploi se réunissent pour s'organiser dans leur recherche. Serge Perrin prend contact avec René Marsac qui avait créé la première association intermédiaire de France à Redon, et en 1986, il crée son équivalent sur Rezé, l'association Oser. L'objectif était de proposer des missions ponctuelles en attendant de trouver un boulot. Au début, c'était illégal, mais en 1987, ils parviennent à faire voter une loi", détaille Pascale Bosque, directrice d'Oser-Forêt Vivante.

De 1992 à 2006, l'association intermédiaire élargit son champ d'action en créant des chantiers d'insertion, et se professionnalise. En 1999, l'association Forêt Vivante, qui se consacre à la collecte et la réutilisation des déchets, est rattachée à Oser, faute de bénévoles. Aujourd'hui, Oser-Forêt Vivante représente six entités et emploie 19 permanents, 60 salariés en insertion, ainsi qu'environ 150 travailleurs intermittents. "Une petite association comme la nôtre a un vrai poids économique sur le territoire".

Tous les salariés en insertion suivent une formation en parallèle de leur activité : "remise à niveau, alphabétisation, permis de conduire, permis cariste…" Leur rôle dans les chantiers est aussi défini selon leurs capacités. "Nous souhaitons éviter de les mettre en situation d'échec, leur redonner confiance, leur permettre de progresser à leur rythme, de valoriser leurs compétences et aussi leur permettre de donner leur avis." En permanence, trois conseillers spécialistes en insertion accompagnent les salariés pour affirmer et consolider leur projet professionnel.

Un intérêt tout particulier est aussi porté à la santé grâce au soutien de la ville de Rezé et du conseil général de Loire-Atlantique : deux infirmières animent des modules de prévention et de discussion, et ceux qui le souhaitent peuvent faire un bilan de santé complet à Saint-Nazaire. "Le chantier a pour vocation de permettre de reprendre confiance, mais aussi, parfois, de prendre de nouveau soin de soi."

Utilité sociale mise à mal

Les chantiers d'insertion, aussi bien que l'association intermédiaire, jouent un vrai rôle d'utilité sociale : "cela permet notamment de lutter contre l'isolement et le travail au noir. Pour certaines personnes, l'association intermédiaire permet aussi de maintenir un lien social en évitant qu'elles restent chez elles à toucher le RSA,2 et nous faisons travailler pas mal de retraités qui ont besoin d'un complément de salaire."

Malgré cette réussite économique et son impact sociétal, assurer la pérennité de l'aventure demeure un combat permanent. Premièrement pour conserver la priorité sur certains marchés. "Notre but, au départ, était d'intervenir sur les besoins non satisfaits des collectivités et du secteur marchand, comme la valorisation des déchets, par exemple. Il s'agit d'activités qui demandent beaucoup de temps et qui intéressent donc peu les acteurs privés, mais lorsqu'ils s'y mettent, la concurrence est difficile à tenir : notre rythme de travail est différent de celui d'une entreprise, car nous aménageons des temps d'entretien, de formation, d'actions-santé. Il faut que les collectivités conservent une partie de leur demande pour le travail en insertion."

Largement dépendante des subventions qui représentent plus d'un tiers du budget annuel et près de 500 000 €, Oser-Forêt Vivante doit aussi s'adapter à chaque fois que la législation évolue. "La loi Borloo de 2005 a passé les contrats aidés à 26 h par semaine, alors qu'ils étaient à 20 h auparavant. Nous avons dû revoir notre organisation, et il est désormais question, qu'à partir de janvier, l'État ne subventionne plus que 21 h ! C'est un vrai problème, car cela représenterait une perte de 150 € par mois et par salarié", soupire Pascale Bosque. Triste politique de rigueur qui s'attaque d'abord aux dépenses les plus justes…

 

1 Selon certains étymologistes, le mot travailler proviendrait de "tripaliare", verbe latin issu de "tripalium", un instrument de torture…

2 RSA : revenu de solidarité active

 

www.oser-foret-vivante.com

 

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logo Consommer responsableSavoureux Méli-mélo

Tête de proue des chantiers d'insertion d'Oser-Forêt Vivante, Méli-mélo propose buffets, plateaux-repas et conserves de qualité pour tous les publics. Découvrez cette activité en vidéo grâce à nos partenaires de www.consommer-responsable.fr qui sont allés visiter l'atelier et rencontrer des salariés en insertion. Attention : à éviter entre les repas, Méli-Mélo met l'eau à la bouche !

 

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Méli-mélo, 53 rue de la Commune de 1871 (Rezé, 44), 02 40 05 29 93, contact@oser-foret-vivante.com.

 

Repères

L'Autre Marché, c'est un marché de Noël proposé par la ville de Nantes, coordonné et animé par Les Ecossolies et les acteurs locaux de l'économie sociale et solidaire avec le soutien de Nantes Métropole.

Ce marché est "autre" parce que tous les cadeaux à dénicher sont créés, imaginés, transformés, commercialisés près de chez nous par des associations, des collectifs, des coopératives, des structures d'insertion... bref, par des acteurs de l'économie sociale et solidaire !

Au menu : commerce équitable, création, tourisme solidaire, solidarité internationale, agriculture paysanne, agriculture biologique, réemploi, culture de proximité, insertion par l'activité professionnelle, numérique social...

Du 4 au 23 décembre  (12 h - 19 h du lundi au vendredi et 11 h - 20 h le week-end), entre Commerce et Petite Hollande.


www.lautremarche.net
Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef
Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef

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