Sur le parking en contrebas de l'école, les paniers en papier kraft sont alignés au frais, dans le fourgon de Benjamin Friou, maraîcher bio à Bourgneuf-en-Retz, qui livre déjà trois Amap familiales. "Nous, les étudiants, on mange assez peu de légumes, habituellement, et on ne sait pas toujours comment les préparer. Ma découverte de l'année, ça aura été le poireau, mais les feuilles de blettes, elles me sont restées", confie Laure Schlesinger-Martinat, coordinatrice de la distribution de paniers à l'école supérieure de commerce Audencia.
Comme tout le monde, les étudiants manquent de familiarités culinaires avec le céleri ou le topinambour, mais des échanges de recettes simples sur une page facebook pallient à cette méconnaissance, et amènent un peu de rémoulade dans ce monde de produits bruts. "Pour les recettes, il faut des mots basiques : le chou-fleur, tout le monde ne sait pas qu'il faut le mettre dans l'eau bouillante, encore moins si on dit qu'il faut le "blanchir" !". Autres problèmes, leurs frigos sont petits. Et entre les cours, les révisions, et les sorties, ils et elles ont peu de temps en semaine pour faire leur tambouille. Reste le week-end, mais justement, ils rentrent souvent chez papa-maman. Les vacances scolaires, les périodes de stages perturbent aussi la continuité d'une alimentation régulière en carottes, patates et choux rouges.
Success story
Dans une school of management, normal, tout commence par une étude marketing. "On voulait savoir les quantités, le prix moyen du panier, les gens intéressés. On a eu 150 réponses de gens prêts à donner 24 € à l'avance, mais qui ne veulent pas s'engager sur un montant de 50 ou 60 € d'un coup. On a donc opté pour des contrats de cinq à six semaines renouvelables, et des paniers à 4 € avec quatre légumes, des crudités faciles à cuisiner si possible", dit Laure, "sachant qu'on aura forcément un fort turnover des adhérents. "
Pourtant, les frais de scolarité s'élèvent ici à 8 800 € par an. "L'école coûte très cher, c’est vrai, mais on a beaucoup de frais et puis quand on ne sait pas ce qu'on va avoir, c'est moins évident de s'engager. On a peur d'être déçus", lâche cette étudiante qui file vite avec son sac en papier beige d'où surgissent les fanes de radis. Sur le parking, on ne s'attarde pas. Un coup de stylo sur la feuille d'émargement, un coup d'œil au contenu du panier, et hop, chacun cavale vers son circuit cours, en amphi. "Il n 'y a pas assez d'échanges, les gens ne restent pas discuter avec le producteur, et pas tellement avec nous non plus. La question du développement durable n'est pas abordée. Mais c'est un esprit, pas quelque chose qu'on apprend", ajoute Hélène. "Il faudrait offrir un pot, mais on n'a pas de financement". Que chacun amène quelque chose à partager ? "Les étudiants sont habitués à faire des gâteaux, mais pour les vendre, pour financer leurs activités."
Vegetable business
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À la différence d'une Amap, aucune implication n'est demandée aux adhérents pour donner un coup de main, assurer des permanences, décharger le camion. Hélène, Floriane, Alice et Laure assurent la logistique et le suivi à elles quatre. Est-ce l'école de commerce qui déteint ? La distribution s'apparente plus à un service d'approvisionnement marchand. Une prestation qui chouchoute ses clients. "On est à leur service. Oui, c'est vraiment une relation client. Quand certains manquent l'heure de distribution – chaque semaine, quatre ou cinq sur 82, pas plus –, on récupère les paniers au bureau de l'association, où on peut venir les chercher dans la semaine. Les relances se font par mail. On ne se sent pas de dire : "ah ben t'étais pas là , on a refilé ton panier à quelqu'un d'autre"". Dans une école de commerce, le produit préacheté ne change pas de destinataire comme ça. Même s'il fait le poireau.
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Sur le net : http://fairbaskets.net
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commentaires
Le dernier palmarès des grandes écoles publié par le magazine Challenges, relève un budget annuel de 10 286 euros par étudiant d'Audencia, pour un effectif de 2834 étudiants. Les chiffres donnés par l'école Audencia elle-même dénombrent 150 étudiants boursiers d'Etat, soit 5,3 % seulement. L'année précédente, Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche avait fixé un objectif de 30 % d'étudiants boursiers dans les grandes écoles. Un objectif modérément apprécié par certaines écoles d'élite craignant l'apparition de quotas pouvant plomber (officiellement "porter atteinte à l'excellence") de leurs établissements. En mars 2010, Jean-Pierre Helfer, le directeur d'Audencia s'est pourtant déclaré prêt à relever le défi, mais en général, s'exprimant comme responsable de la commission diversité au sein de la CGE, la conférence des grandes écoles, soulignant que l'objectif n'était qu'"à l'étude". Quant au salaire d'embauche à la sortie de l'école, il est entre 33 000 et 38 500 euros annuels, et de 45 000 trois ans après, soit 11 250 paniers de légumes. Mais il n'est pas certain qu'on investisse dans ses études pour finir dans les choux en croulant sous les poireaux.
N.L.C.
L' "AMAP" d'Audencia -en fait le projet Fair Baskets, puisque nous nous refusons à nous appeler AMAP tant que nous n'en respectons pas les fondements- en est à ses débuts. Néanmoins, en dépit de sa création très récente, elle rassemble plus de 80 adhérents. Est-ce que même une AMAP traditionnelle, débutant en général à 20 adhérents, peut se targuer que 100% de ses adhérents aient dès le début l'esprit de l'AMAP ? J'en doute! Et ces doutes sont régulièrement confirmés quand le producteur partage son expérience des AMAP traditionnelles (manque de dialogue, paniers non récupérés...) Le monde de l'école a au moins cet avantage que les étudiants, même s'ils ne participent pas à l'organisation des distributions, animent eux aussi l'école à travers d'autres événements et rétablissent un équilibre qu'on ne trouve pas ailleurs.
Par ailleurs, certes les frais de scolarité des écoles de commerce sont faramineux. Mais précisons tout de même que plus de 90% des étudiants d'Audencia financent leurs études en contractant un prêt. Ca aidera peut-être à comprendre pourquoi ces mêmes étudiants ne souhaitent pas s'endetter davantage pour acheter des patates. (Un rapide calcul nous montrera de plus que, si une famille de 4 paye un panier à 16€, elle ne paye pas plus cher que 4 étudiants prenant chacun un panier à 4€, alors que ceux-ci se voient proposer des produits moins nobles et moins variés...)
Pour finir, précisons que cet article passe à côté de l'essentiel : au-delà d'une AMAP, le projet Fair Baskets s'inscrit dans une association qui soutient l'économie sociale et solidaire en venant en aide à des entrepreneurs. Alors non, les étudiants d'école de commerce ne sont pas encore totalement pourris par les cours de marketing et la perspective de gros sous.
En revanche, ils ne sont probablement pas encore prêts à affronter les questions biaisées de journalistes remplis de préjugés.
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