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    Rezé : le yoga du rire, péta-LOL++

    Estelle Voisine, la rieuse en chef. Estelle Voisine, la rieuse en chef.

    Depuis septembre, des sessions de yoga du rire ont lieu tous les samedis à Rezé, près de Nantes, dispensés par l'association Les rires partagés. On en ressort mort de rire, et sans raison – et on est même contents d'être contents.

    Attention, cet article a été écrit sous substances – mais légales et autoproduites : dopamines, endorphine et catécholamines1. J'ai testé le yoga du rire, lors d'une séance dispensée par Estelle Voisine, à Rezé, près de Nantes, samedi 15 novembre dernier. Et j'en ressors, après quelques fous rires, avec la banane et suis détenduuuuuuu, mais alors détenduuuuuu.

    Ne rigolez pas avec ça

    Le yoga du rire : je m'y suis rendu en ignorant volontairement tout de cette pratique étrange venue de chez des gens assurément pas comme nous. Soit venir vierge de préjugés, et par souci déontologique, résolument triste de base (genre : "faut que j'aille au yoga du rire – c'est pour le boulot"). Surtout pour ne pas être empreint d'idées préconçues type new age ou expérience d'allumés en groupe.

    Je dois avouer toutefois que la dénomination de yoga du rire me faisait tout de même et a priori penser à un type en turban et kaccha (la culotte sikh), emmêlé comme un nœud marin en train de me raconter la tête en bas, tandis que je me passais la jambe par-dessus tête en craignant une évacuation en hélicoptère pour le CHU, la fameuse blague du nain qui se déguise en pompe à essence2. Eh bien non : c'est Estelle Voisine, de l'association Les rires partagés, qui accueille la dizaine de participants de ce samedi matin en jogging dans la salle d'un centre de loisirs de Rezé.

    Détail marquant : elle a d'emblée "la banane" communicative, ce qui n'est pas toujours le cas chez les "professionnels de la profession" : "Le yoga du rire a des répercussions sur moi depuis cinq années de pratique. Je suis quotidiennement de bonne humeur. Je m'amuse facilement", explique-t-elle, comme pour s'excuser de ne pas être sinistre. Formée par l'Institut français du yoga du rire à Rennes, Estelle dispense depuis septembre ses soins par l'éclate – comme dans "5 000 centres de yoga du rire dans le monde" – qui nous viennent de Bombay, Inde, et vont fêter leurs 20 ans de présence en France début 20153.

    Le ridicule ne tue pas (confirmé)

    Ce samedi, neuf autres participants viennent tester cette curieuse discipline. Beaucoup, habitués du yoga classique à voir leur tapis enroulé sous le bras, en ont "entendu parler". Tous les âges sont représentés, de la vingtaine à la soixantaine. On se toise en attendant que cela débute ; chacun porte le masque – le rire franc appelle à l'intimité et là, on est en présence d'inconnus : comment cela va-t-il se passer ? – et personne n'ose même sourire.

    Il faut dire que l'annonce de la présence d'un journaliste peut aussi rendre méfiant. Tout le monde d'ailleurs ne désirera – légitimement – pas se faire filmer en gesticulations de zouave, et les quelques personnes qui accepteront le feront de dos (voir la vidéo). La peur du ridicule, sans doute. Faudrait pas que des collègues rigolent s'ils voient ça sur le web. Et il est vrai que la peur du ridicule, c'est sans doute la première barrière à franchir pour le lâcher-prise.

    La danse des lardons frits

    Après quelques rapides échauffements et assouplissements, Estelle, fiche comportant le conducteur de sa séance pendue au cou, nous demande en simulant toujours le rire, de courir comme des petits de maternelle dans la cour, de taper en rythme dans les mains, de respirer par le ventre en riant... Toute une kyrielle d'exercices qui s'enchaînent ensuite sur une sorte de récit-prétexte, lors duquel il faut mimer en groupe une série de scènes de la vie quotidienne, toujours en riant : de la douche à l'habillement, du parcours en voiture à un repas de restaurant (qui comprend l'imitation d'un serveur avec ses plateaux instables, ou la danse des lardons en train de frire en cuisine, voir vidéo) ; le tout entrecoupé de moments de calme et de respiration.


    La danse des lardons frits par quelques participantes dont Estelle Voisine


    Au départ, si l'on rit, tandis qu'on s'échauffe et se livre aux saynètes collectives et gesticulantes, c'est davantage parce que l'on se sent ridicule... (En tout cas pour ma part, et j'ai gloussé bêtement). Puis, au fil des exercices, le fameux lâcher-prise s'installe naturellement en chacun : on rit sincèrement, comme des gamins, à se balancer des grimaces, à se percuter (comme lors du mime de la scène du trajet en automobile pour se rendre au restaurant), à se forcer à glousser, ou à exprimer silencieusement l'idée de régal en mangeant un dessert. Chacun rit à sa façon, plus intérieurement ou de manière plus démonstrative.

    Au fil de l'heure, le rire monte, se répand, s'installe. Dernier tiers de la séance : allongés sur des tapis, nous devons "laisser venir le rire". C'est alors que se déclenche un phénomène tout simplement bluffant.

    Plus que "LOL " ou "PTDR" : un rire profond

    Trois participantes, dont une qui nous a gratifiés d'un irrépressible et intense fou rire communicatif d'au moins dix minutes – le genre de fou rire sportif, venu de loin, interminable et réellement impressionnant, qui fait rire par son ampleur autant que par son expression sonore – contaminent le groupe entier qui en pleure de rire. Cela dure un bon quart d'heure ainsi, jusqu'aux ultimes hoquets et l'épuisement du phénomène. On regarde en coin la rieuse en chef, totalement épatés : comment tient-elle sans être épuisée après un tel défoulement ?

    La séance se termine sur une période de relaxation – nappes électroniques et bruit de rivière sur des images de promenade dans une forêt, énoncées par Estelle. On se relève et s'embrasse en se remerciant. Tout le monde est hilare et relaxé, éprouvant un très fort sentiment de communion —alors qu'on ne connaît toujours pas le prénom des autres participants. Le sentiment de ridicule est oublié. La simulation sonore du rire est bien loin. On a été, en effet, en proie à un rire venu de l'enfance, un "rire sans raison". Et bref, je me suis vraiment marré. Pourquoi n'ai-je pas plus souvent ce type de reportage à écrire, donnant de ma personne avec abnégation ?

    Le rire, c'est à prendre au sérieux

    Une pratiquante convertie, devenue plutôt militante et repérée lors du final par ses fous rires communicatifs, explique à un novice après la séance "qu'au Moyen Âge, il paraît qu'on riait tout le temps" (j'avais une image de personnes cariées-édentées, percluses de douleur aux reins et de culpabilité judéo-chrétienne, avec des ampoules aux mains, des scrofules et une espérance de vie de 17 ans, mais passons)... Et "qu'on serait passés de 30 minutes de rire par jour en un siècle, à moins de dix minutes par jour... et encore quand on rit ! C'est terrible d'en arriver à avoir des pratiques artificielles !" Et d'accuser la perte de convivialité, la speed bouffe entre deux rendez-vous, la société, le travail qui envahit tout... Ce n'est certes pas faux du tout. Si appréhender les effets de groupe peut effrayer, que l'on se rassure : ce n'est pas le cas lors d'une séance de yoga du rire. C'est plutôt dans le déferlement final des sentiments de proximité, de bien-être que l'on éprouve. Une purge.

    Estelle, qui pratique seulement le samedi matin pour ces séances (on n'a pas osé lui demander si elle avait par ailleurs un boulot lugubre, et si cela aidait pour pratiquer), confie que "plus de trois fois par semaine, ce serait trop épuisant". Rire sans raison est efficace, mais trop rire ne serait donc pas drôle. À la fin de sa séance, elle distribue des questionnaires pour ceux qui voudraient s'inscrire à l'année. La liste des contre-indications médicales qui s'y trouvent précisées est longue comme le bras : "problèmes cardiaques, hypertension artérielle, hémorroïdes actives, chirurgie de moins de 3 mois, désordre psychologique majeur, femmes enceintes ou antécédent de fausses couches à répétition, toux persistante, épilepsie, mal de dos important, incontinence urinaire, glaucome sévère, asthme grave, hernies, maladies aux symptômes développés." Il est vrai que si on a chopé tout cela, malgré les bienfaits du rire, il sera difficile de se laisser aller à se marrer comme une baleine. Ce serait pire qu'éternuer après avoir bu de l'huile de ricin. "C'est à cause de la montée de tension induite par une séance", prévient-elle. Le yoga du rire concerne donc plutôt les bien-portants. Bien fait pour eux : si en plus ils ne pouvaient pas se marrer d'en être, ce serait à pleurer.

     

    1 Un amusant (mais sérieux) travail de lycéen sur les bienfaits du rire.

    2 L'allusion à cette blague est dans un film de Woody Allen. (tout est référencé, chez Terri(s)toires).

    3 www.formation-yogadurire.fr

     

    Association Les Rires Partagés

    http://lesrirespartages.e-monsite.com, 06 35 92 59 80, rirespartages@yahoo.fr.

    Inscriptions : 50 € à l'année, 40 € pour les demandeurs d'emplois et les étudiants.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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