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    Gabriel Cohn-Bendit, pédagogue dissident

    "Scolariser les exclus de l'école"

    Dany Cohn Bendit Dany Cohn Bendit

    Gabriel Cohn-Bendit, "Gaby", c'est bien sûr le frère de Dany. Son "ersatz", comme il dit en rigolant. Mais c'est surtout l'instigateur du lycée expérimental de Saint-Nazaire en 1981 : un établissement différent pour les "décrochés du système". "Pédago dissident", professeur d'allemand formé à la philosophie, il n'a jamais pu supporter de voir des enfants exclus de l'école. Ce militant de l'éducation alternative a finalement réussi, non pas à "dégraisser", mais à faire "bouger" le mammouth. Désormais rangé des salles de classe, il continue - à 75 ans - son combat à travers le Réseau éducation pour tous en Afrique (Repta). Enthousiaste, terriblement sympathique, il a reçu Terri(s)toires dans sa maison de Vannes. Interview.

     

    Comment est née l’idée du lycée expérimental ?

    "Nous étions en mai 1981, la gauche venait d’accéder au pouvoir. C’était l’état de grâce. Un moment où on pouvait faire un truc un peu fou. On était un certain nombre à penser : "ils ont le pouvoir, on a des idées, alors allons-y !" Quand Alain Savary a été nommé ministre de l'Éducation nationale, je lui ai écrit une lettre ouverte dans le journal Libération.  Je lui présentais mon projet : accueillir les exclus et les décrochés du système et tenter de les réconcilier avec l'école grâce à des enseignants également "insupportables" à leurs collègues. En gros, je proposais au ministre de laisser les profs qui ne se reconnaissaient pas dans l'école d'aujourd'hui de créer un lycée pour les élèves qui ne s'y reconnaissaient pas non plus. Savary - un personnage honnête et droit, qui a toujours fait les bons choix politiques - a accepté de me recevoir. J'en ai alors parlé à des collègues. Quand j'ai été reçu au ministère, j'ai dit que j'avais une équipe complète, mais ce n'était pas vrai !"

     

    Lorsque Alain Savary a accepté de soutenir votre projet, quelles ont été les réactions ?

    "Elles ont été très nombreuses ! Grâce à un ancien élève du lycée de Saint-Nazaire devenu journaliste à l’AFP, l’entrevue avec le ministre a fait l’objet d’une dépêche, reprise dans tous les journaux. À la sortie de son cabinet, il y avait aussi un journaliste du Nouvel Observateur qui avait appris par hasard que la rencontre avait lieu. Des gens nous ont écrit de toute la France. Des profs, des élèves. Certains disaient qu’ils étaient prêts à nous rejoindre. Dominique Madelin, un prof qui avait participé à la réforme des mathématiques et avait fini par démissionner de son poste pour devenir agent de service de l’Éducation nationale, écrivait : "tu es fou, ce projet ne se fera jamais. Mais s’il se fait, je viens…""

     

    Et du côté des politiques, comment a-t-on accueilli votre initiative ?

    "L’establishment politique de la gauche de Saint-Nazaire s’est mis dans une fureur noire. Le maire, Étienne Caux, a proclamé que sa ville "ne deviendrait pas la poubelle de la France", en parlant du lycée expérimental. Le SNES, syndicat majoritaire des professeurs, s’est déchaîné au niveau local. Le SGEN a, en revanche, tout de suite soutenu le projet.


    Comment avez-vous fait pour trouver des locaux ?

    "Il y a eu de nombreuses discussions. La mairie faisait barrage. Le chef de cabinet du ministre, Jean Gasol, s’est déplacé trois fois à Saint-Nazaire pour négocier avec l’équipe municipale. On a finalement pu louer les locaux de la Société de bienfaisance de l’école laïque, une colonie de vacances au bord de la plage. Alain Savary s’est vraiment battu pour qu’on existe. Il a imposé d’en haut ses décisions pour que le lycée puisse voir le jour. C’est lui qui a imposé, contre l’avis du proviseur, que nous soyons une "annexe expérimentale" du lycée Aristide-Briand de Saint-Nazaire, avec notre budget autonome. Aujourd’hui, avec les lois de décentralisation, ce ne serait plus possible."

     

    Il fallait ensuite "inventer" le fonctionnement de ce nouvel établissement. Est-ce que cela a été facile ?

    Dany Cohn Bendit "Il y a eu des moments difficiles, au départ. Il fallait tout mettre en place ! Puis, petit à petit, nous sommes parvenus à trouver notre rythme de croisière. Dès le début, nous avons cassé le principe de l'emploi du temps hebdomadaire pour privilégier un fonctionnement en ateliers : pendant deux semaines, un groupe d'élèves se réunit autour d'un thème, pluridisciplinaire ou non, ou d'une activité. Avec les ateliers, tous les gosses en difficulté arrivent à se récupérer. Autre bouleversement : la gestion en commun de toutes les tâches administratives et matérielles par les élèves et les membres de l'équipe éducative. La prise de décision de manière collective fait de ce bahut un lieu de formation à la citoyenneté démocratique. C'est une réussite incontestable du lycée expérimental. Parmi les premières décisions, il y a aussi eu l'idée que les repas soient préparés par une équipe de profs et d'élèves. Aujourd'hui, les repas sont toujours préparés collectivement."

     

    Quelles ont été vos sources d'inspiration ?

    "On a flirté pas mal avec le mouvement Freinet. L'atelier, en réunissant des élèves de tous niveaux, s'en inspire. On avait tous lu l'abondante littérature du type "changer l'école", "abolir l'école", ou sur le lycée d'Oslo, un établissement différent créé à partir du projet d'élèves. On ne manquait pas d'idées, mais on tenait absolument à bâtir ce nouveau lycée avec les élèves."

     

    Cinq ans après le lancement du lycée expérimental de Saint-Nazaire, vous partez. Pourquoi ?

    "Pendant cinq ans, je me suis investi sans compter, dans ce pari. C'est ma plus belle aventure professionnelle. Mais à un moment, il faut savoir s'éclipser. L'institution créée doit voler de ses propres ailes. Et c'est une bonne chose pour les pères fondateurs de dégager. Certains m'ont traité de lâcheur. Après cette expérience, il était clair que je ne pouvais pas reprendre un poste dans l'enseignement traditionnel."

     

    Alors qu'avez-vous décidé de faire ?

    "Pendant l'année scolaire 86-87, le hasard a voulu que je rencontre Basile Guissou, ministre de l'Information au gouvernement de Thomas Sankara, au Burkina-Faso. Je ne connaissais pas l'Afrique. Basile m'a dit : "Viens. Un Cohn-Bendit au Burkina, c'est  bien. Comme on ne peut pas se payer l'original, on se contentera du frère en guise d'ersatz !" Je me suis rendu à Ouagadougou au printemps 1987. D'emblée, je suis tombé follement amoureux de l'Afrique. J'ai appris que le lycée français cherchait un professeur d'allemand. Je m'y suis présenté. En septembre, j'y ai fait ma rentrée. Je ne suis resté qu'un an, parce que Nane, ma femme, n'a pas voulu m'y rejoindre. Alors quand je suis rentré d'Afrique, j'ai fondé le Groupement des éducateurs retraités sans frontières (Gref) avec d'autres "pédagos dissidents" pour faire évoluer un système éducatif hérité de l'époque coloniale. L'association compte aujourd'hui plus de 500 membres, des retraités du corps enseignant qui partent pour des missions de deux à trois mois en Afrique, mais aussi au Moyen Orient ou en Amérique du Sud. J'y suis resté comme permanent pendant sept ans. En 1996, à 60 ans, j'ai pris ma retraite. Mais l'éducation, et l'Afrique, restent au centre de mes préoccupations. C'est ce qui m'a poussé à créer le Réseau éducation pour tous en Afrique (Repta) en 2003."

     

    Quel est son objectif ?

    "Scolariser les exclus de l'école. Je n'ai jamais pu renoncer à ce combat !"

     

    http://lycee-experimental.org

    http://www.gref.asso.fr

    http://repta.net/site

    Raphaël Baldos - Journaliste
    Raphaël Baldos - Journaliste

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