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    Si on s’alliait ?, le porte-voix des colères rennaises

    Les parents d’élèves de l’école Jean-Moulin lors de la mobilisation du 24 juin. Les parents d’élèves de l’école Jean-Moulin lors de la mobilisation du 24 juin.

    Exposition de moisissures, tactique du portique, manifestation équipée de brouettes, de pelles et de seaux, le tout sur fond de batucada : à l’heure du brainstorming, le collectif Si on s’alliait ? ne manque pas d’imagination. Mais l’originalité de cette organisation militante ne s’arrête pas aux modes d’action, ceux-ci seraient même plutôt anecdotiques. Si on s’alliait ? est surtout une nouvelle manière de militer, une sorte de syndicat tout terrain, dont les principes reposent sur les travaux d’un sociologue américain, Saul Alinsky, et sur une expérience grenobloise.

    Si on s’alliait ? Le nom de ce collectif rennais sonne comme une invitation. C’en est une, lancée en 2014 par une dizaine d’habitants engagés. "Nous avions tous un pied dans le milieu militant, un autre dans celui du travail social", confie Claire, l’une des initiatrices de ce projet. Les deux pieds bien ancrés dans le monde réel, ils prennent conscience des limites de leurs pratiques respectives, "notamment en termes de mobilisation des classes populaires". Pour sortir de l’entre-soi militant, ils vont marcher, arpenter les quartiers de la ville, rencontrer les gens à la sortie des écoles, en bas des tours, sur le pas de leur porte. La posture change : il n’y a pas de travailleurs sociaux, pas d’usagers, pas de militants, pas d’opposants ; juste deux personnes qui discutent en tête-à-tête.

    Dans la petite bande, il y a les permanents qui travaillent au quotidien. Ils sont cinq. Ce sont les organisateurs communautaires. Au bout de deux ans d’activité, et avec leurs petits moyens, ils seront bientôt tous salariés. Et puis il y a les soutiens, qui les aident à prendre du recul. De leur immersion dans la ville émergent des sujets, des frustrations, des colères. Là, on s’agace de l’état des logements sociaux ; un peu plus loin, on s’énerve de la dangerosité d’une cour d’école ; ailleurs, on dénonce les conditions d’accueil à la préfecture. "Le rôle des organisateurs communautaires est de mettre en lien des personnes qui partagent les mêmes problèmes sans toujours se connaître. Nous sommes des tisseurs de colères."

    Créer un rapport de force

    L’équipe de Si on salliait ? L’équipe de Si on salliait ?

    Avec une pointe de fierté, Claire retrace le chemin parcouru au pas de course depuis le lancement de l’association : "Nous avons commencé en janvier 2014 et, en novembre, une assemblée a réuni 150 habitants à Carrefour 18, dans le quartier du Blosne, où certains ont présenté les campagnes d’action." Elles seront au nombre de quatre, issues de ces dix mois de travail de terrain, de cette exploration quasi ethnographique de la ville et de ses quartiers. Il y aura donc les conditions d’accueil des migrants à la préfecture, la fermeture d’un restaurant universitaire, les problèmes de logements chez un bailleur social et la dangerosité d’une cour d’école maternelle, à Villejean.

    Après le travail de l’ombre, l’heure est venue de faire éclater au grand jour les colères citoyennes. Pendant tout le premier semestre 2015, l’équipe de Si on s’alliait ?, suivie de sympathisants et d’une batucada, va aller de champs de bataille en champs de bataille. Là, ils viennent toujours en appui de la mobilisation des premiers concernés : migrants, parents d’élèves, locataires ou étudiants. "Généralement, les gens ont peur quand on parle d’attiser les colères. Mais, en fait, c’est sain de pouvoir verbaliser ses colères pour ensuite avoir une vision constructive," explique Agathe, qui a accompagné la campagne de l’école Jean-Moulin.

    Exposition de moisissures devant les locaux d’un bailleur social ou simulacre de travaux à l’entrée d’une école, leurs actions se distinguent par leur originalité. L’objectif est toujours de se faire entendre et de créer un rapport de force pour ensuite engager une négociation. "Il y a eu plein d’actions et des petites victoires, même si on ne sait pas toujours ce qui est dû à l'intervention du collectif," relève Claire. "Le RU n’a pas été supprimé ; à la préfecture, il y a eu beaucoup d’avancées ; côté bailleur social, le directeur de Neotoa s’est engagé à passer dans tous les logements où il y avait des problèmes d’humidité et ils l’ont fait ; pour l’école, c’est plus ambigu, mais je pense que nous avons mis un coup de pression pour qu’il y ait des travaux."

    Soutien logistique et organisationnel

    Rodrigue explique les revendications des parents d’élèves. Rodrigue explique les revendications des parents d’élèves.

    L’ambition de ce syndicat tout terrain dépasse l’obtention de ces victoires concrètes. "Nous luttons contre les inégalités politiques, explique Claire. Le but est de renforcer le pouvoir de chaque habitant." Pour cela, Si on s’alliait ? s’appuie sur une méthode inspirée des travaux de Saul Alinsky. Dès les années trente, ce sociologue américain (1909 – 1972) a mis en pratique à Chicago une forme d’organisation communautaire qui a depuis essaimé aux États-Unis, à Londres et, depuis 2010, à Grenoble.

    L’organisation communautaire repose sur la mobilisation populaire. "Nous passons notre temps à cela. Nous nous appuyons sur les gens qui n’ont pas du tout de pouvoir, mais nous essayons aussi de capter les leaders, des gens qui ont de l’influence dans leur communauté, que ce soit une communauté d’origine ou un collectif d’habitants de quartier." C’est le cas de Rodrigue, autour de l’école maternelle Jean-Moulin. "Quand ma fille (aujourd’hui en CE1, ndlr) était à l’école maternelle, j’étais parent-élu- et je me suis pas mal investi avec une autre mère de famille. Nous avions mis en place une banderole devant l’école pour attirer l’attention sur les conditions matérielles de la maternelle et les travaux que ça demandait."

    Après cette première mobilisation, quelques travaux d’aménagement ont été réalisés, notamment pour sécuriser la cour de récréation. Pas suffisant pour les parents, qui voulaient une rénovation complète de la cour et un agrandissement des locaux. Ils vont alors trouver auprès de Si on s’alliait ? un soutien logistique et organisationnel. "Quand nous avons commencé à nous rencontrer avec Agathe, nous avons fait des premières réunions avec des parents élus pour essayer de mettre à plat tous les problèmes de l’école maternelle et de l’école élémentaire. Agathe et Claire sont aussi allées à la rencontre d’autres parents pour leur parler, leur demander concrètement ce qui n’allait pas. Au fur et à mesure des réunions, nous avons déterminé que c'était vraiment la cour qui posait le plus de problèmes."

    Structurer des groupes de quartiers

    L’activisme de Si on s’alliait ? va entraîner dans son sillage la mobilisation de nouveaux parents, telle que Zohra. Mère d’un garçon scolarisé en grande section, parent élue, elle va monter au front pour la mobilisation qui débouchera sur une action le 24 juin devant l’école. "Si on s’alliait ? nous donne envie de faire des choses. Ils ont du punch, sont toujours motivés. Et ils ont plus de temps, c’est leur boulot, tandis que nous c’est du bénévolat." De son côté, Agathe se voyait sur cette campagne "plutôt comme consultante d’un collectif préexistant que comme fédératrice à part entière."

    Après la manifestation, un simulacre de travaux relayé par les médias locaux, les parents d’élèves ont obtenu un rendez-vous avec Lénaïc Briéro, adjointe à l’Éducation, et François Mesure, directeur du service Éducation-enfance à la Ville. Rodrigue et Zohra y sont allés, accompagnés d’Agathe. En amont, ils se sont préparés, potassant leurs dossiers, faisant des mises en situation. Le jour J, les deux représentants de la Ville viennent avec la promesse qu’une étude est engagée pour agrandir l’école. Les parents d’élèves demandent alors à être impliqués dans les choix qui seront faits.

    "Je me suis rendu compte qu’il fallait parler, sinon ils nous prennent pour des gens qui n’y connaissent rien. Si on les écoute, tout est parfait. Mais non ! Quand on parle, ils ne savent plus trop quoi dire", remarque Zohra. Elle avoue que militer n’était pas nécessairement dans ses habitudes, auparavant. "Je n’étais pas du tout comme ça, c’est "à cause" d’Agathe", sourit-elle. Alors qu’elle avait d’abord pensé ne pas renouveler son mandat de parent élue, elle a finalement décidé de rempiler une année supplémentaire : "Je ne vais pas lâcher maintenant, je veux aller jusqu’au bout."

    Du côté de Si on s’alliait ?, les prochains mois seront plus discrets, mais non moins actifs. Les organisateurs communautaires vont replonger au cœur de la ville pour tenter de structurer des groupes de quartiers. "Notre but serait de passer de Si on s’alliait ? à une alliance d’habitants, qu’il y ait beaucoup de gens s’en revendiquant. Nous ferons d’autres campagnes, c’est juste que nous allons prendre notre temps." À peu près neuf mois. "Nous voudrions faire une grosse assemblée d’habitants avant l’été, avec des propositions concrètes."

     

    Les cinq piliers de la méthode

    Si on s’alliait ? s’appuie sur une méthode développée aux États-Unis par Saul Alinsky, qui a pour cela emprunté à deux formes d’organisation : le syndicat et la communauté. Cinq piliers régissent son fonctionnement :

    Ce sont les premiers concernés par une injustice qui savent et qui agissent. Investie sur la campagne école, Agathe précise : "Ce ne sont pas mes enfants, ce n’est pas ma campagne." Si on s’alliait ? apporte un soutien logistique et organisationnel, mais les premiers concernés doivent être les moteurs. De par leur connaissance intime de la situation, ils sont les véritables experts.

    La diversité des membres et des structures de l’alliance. Celle-ci réunit des personnes qui ont un intérêt commun à agir. Elles forment donc une communauté d’intérêt, mais peuvent avoir diverses appartenances culturelles, religieuses, nationales, etc. Si on s’alliait peut aussi travailler avec des collectifs déjà institués. "Notre but n’est pas de concurrencer, mais de renforcer le pouvoir des associations, explique Claire. Elles font déjà un travail de fou."

    Agir sur tous les terrains. Il s’agit d’appliquer l’action syndicale à tous les domaines de la vie quotidienne.

    Verticaliser les luttes. C’est un principe central de la méthode de Si on s’alliait ?. Des personnes ne peuvent pas se mobiliser contre leurs semblables. Il ne s’agit pas de régler des conflits personnels, mais de lutter contre des injustices produites par une institution. C’est donc cette dernière qui est ciblée lors des campagnes, que ce soit une collectivité locale, une entreprise, la préfecture, etc.

    Être indépendant politiquement et financièrement. Si le projet de l’alliance est politique – il entend renforcer le pouvoir d’agir des citoyens – il se fait en dehors de toute logique partisane. Les partis politiques ne peuvent donc pas être présents au sein de l’alliance. Côté financement, les dons privés (fondations, particuliers) et les adhésions sont privilégiés. L’association bénéficie également de contrats aidés. En revanche, elle refuse tous les financements publics locaux.

    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste
    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste

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