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Franck Furet, éleveur, entraîneur, jockey

Triple casaque au triple trot

Franck Furet, jockey en Mayenne, et ses chevaux durant une course de sulky Au centre d'entraînement de Franck Furet, à deux pas de Grez-en-Bouère, en Mayenne, se trouvent une piste d'entraînement, des étables, des sulkys dernier cri, et bien sûr des chevaux ; de trot. Un monde moins médiatique que celui du galop : ici, pas de grands chapeaux, pas de France Galop, pas d'hippodrome de Chantilly… Après quelques années en tant que salarié pour un autre éleveur, depuis 2001, Franck est à la fois éleveur, entraîneur et jockey. Une triple casaque qui demande du talent, de la passion et un investissement permanent.

Chaque matin, de 6 h 30 à 12 h 30, c'est le même manège. Franck et Nicolas, son salarié, font tourner les chevaux sur la grande piste en terre. Un programme quotidien qui varie en intensité en fonction de la proximité des courses, de l'état de forme et de la progression souhaitée pour chaque cheval. Parfois récupération, parfois entraînement. Pour Franck Furet, "chaque cheval est différent : certains sont plus à l'aise sur une piste lourde, d'autres non ; certains préfèrent courir corde à gauche, d'autres corde à droite… Contrairement au pas ou au galop, pour un cheval, le trot n'est pas une allure naturelle. Tout le travail consiste à les y dresser et, une fois en course, à les y maintenir… Parfois, on se déplace jusqu'à Bordeaux pour une seule course, alors si le cheval fait une faute…"

"Un vrai cockpit"

En fonction des aptitudes, de la morphologie et de la personnalité de leurs chevaux, entraîneurs et jockeys (drivers) doivent choisir : fers de différents poids, cerclés de caoutchouc, parfois, brides plus ou moins longues et mors plus ou moins durs… Il faut continuellement adapter les instruments en fonction de la forme du cheval et de sa progression. Sans oublier les fameuses œillères et même… des bouchons d'oreilles. Nathalie, la femme de Franck, en rigole : "le sulky, en course, c'est un vrai cockpit !"
En fin de matinée, les chevaux qui en ont besoin bénéficient d'éventuels soins, puis retournent au pré. Pour eux, la journée est terminée. Pour Franck, elle continue. Après le déjeuner, lorsque les entraînements des chevaux "professionnels" sont terminés, Franck se consacre au "débourrage" des jeunes pousses : "on les teste pour voir s'ils ont les aptitudes ou non… Ça se voit assez vite, mais souvent les choses changent avec le temps. En fait c'est un peu comme avec les humains : certains ont de bonnes dispositions, mais n'aiment pas le travail ou vivent mal la compétition, quand d'autres, moins bien dotés au départ, peuvent y prendre goût."

Une carrière jalonnée d'échéances

les chevaux de Franck Furet, jockey en Mayenne Pour "entrer dans la carrière", un cheval doit, dans l'année de ses deux ans, passer une épreuve qualificative : parcourir une épreuve de 2 000 mètres dont le chrono, ramené au kilomètre, ne doit pas excéder 1'22. Ce premier test en conditions de course est loin d'être une formalité : sur les 11 000 chevaux destinés au trot qui naissent chaque année en France, seuls 40 % d'entre eux obtiennent le précieux sésame. Les recalés doivent attendre l'année suivante pour tenter à nouveau leur chance, mais avec des chronos encore plus restrictifs. Ensuite, les choses sérieuses peuvent commencer.
"En gros, seuls 20 à 25 % des chevaux font carrière", explique Franck, "et sur six ou sept ans, il est rare qu'elle se déroule sans pépins". La carrière sportive d'un trotteur est en effet jalonnée d'échéances. Chaque année, au 1er janvier, pour continuer à concourir, les chevaux doivent avoir rapporté un certain montant de gains : 4 000 euros à trois ans, 15 000 à quatre ans, 25 000 à cinq ans et 35 000 à six ans. Bien sûr les courses se font par catégories d'âge et par catégories de gains pour éviter de trop grandes disparités, mais tenir le rythme n'est pas chose aisée. Sur une course, les sept premiers prennent de l'argent, "mais si vous courez six fois sans rien toucher, le cheval est mis à pied pendant 45 jours, il est puni", sourit Nathalie. "Sans compter les blessures"...
Si Franck entraîne et mène en course, il lui arrive aussi parfois de faire driver un cheval par un autre jockey, et parfois par des "crack jockeys" comme Jean-Michel Bazire, à Vincennes. Un jockey "reconnu" a ses avantages, mais aussi ses inconvénients. Sa réputation le précédant, il bénéficiera de facilités au moment où il faudra se frayer un passage, s'extraire du peloton, car les autres jockeys penseront, à raison, souvent, qu'il joue la gagne ou une place sur le podium et qu'il peut être intéressant de prendre sa roue. En revanche, il aura peut-être plus tendance à "tirer" sur le cheval, à le fatiguer plus. Sur certaines courses dures, cela peut laisser des séquelles.

Un rythme harassant

Sur les 25 chevaux qu'il possède, 15 courent régulièrement en compétition. Pour un cheval, cela fait environ une course tous les 15 jours, mais pour Franck, en tant que jockey, cela fait 150 courses par an, soit plus de trois par semaine. Sans compter les 100 autres auxquelles il assiste en tant qu'entraîneur-propriétaire. Un rythme harassant… "Parfois ça tire un peu. Lorsqu'on rentre d'une nocturne sur la côte à 3 heures du matin et qu'il faut reprendre à 6… Sur les 20 gars avec qui j'étais en formation au CFA de Laval, 20 ans après, on n'est plus que quatre à être encore dans le milieu. Deux dans les courses et deux en centre équestre. Quand j'étais entraîneur-jockey salarié, de 1991 à 1995, c'était compliqué d'allier travail et vie personnelle… Le dimanche, avec les courses, les balades et les déjeuners chez les beaux-parents, fallait pas trop y compter… Cela ne fait que 6 ou 7 ans qu'on part en vacances…"
Les courses et le monde du cheval, Nathalie aussi connaît : elle s'occupe de l'hippodrome de Laval, à 30 kilomètres de là. Elle mène aussi une trentaine de courses par an. Bref, la passion est partagée. "C'est ce qui nous a rapprochés", sourit Franck. À 38 ans, il a couru 2 489 courses. Pour 139 victoires. Le rythme est soutenu, mais la passion reste intacte. "Même si le dos trinque un peu, on croise parfois des jockeys de 70 ans et plus, alors…"

Pierre Bordais - Journaliste et réalisateur
Pierre Bordais - Journaliste et réalisateur

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