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    Écoutez l'émission de Jet FM sur l'économie sociale et solidaire (27 janvier 2017) :

     

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    Migrants et militants, ép. 4

    "Vous êtes donc maintenu en rétention"

    Le Centre de rétention administrative de Rennes. Le Centre de rétention administrative de Rennes. - © André Roussel – LDH Rennes

    Centre de rétention de Saint-Jacques-de-la-Lande, à côté de Rennes. Brice Camara garde le silence. Sous l’œil interrogateur de Cyrille, bénévole de la Cimade, il finira par parler. Parler de son expérience de la justice française, de sa rancœur, de son désespoir. Un témoignage poignant, raconté avec beaucoup d'humanité par la militante.

    Au trou les migrants !

    Sortez des circulaires pour qu'ils sortent de la forêt

    et dès qu'ils pointent leurs "Monsieur le Préfet",

    Lancez les OQT*, instaurez la préférence nationale.

    Les migrants écroués en maintenant l'unité familiale S.V.P. !

     

    La Cimade, une association solidaire et active


    Cimade

    Militante et politique, la Cimade est une association nationale qui regroupe aujourd’hui 2 500 bénévoles actifs. Née en 1939 à l’initiative de jeunes protestants, l’association vient en aide aux personnes déplacées dans des camps français de transit où réfugiés et opposants politiques étaient concentrés. Les conditions de vie y sont très dures et la mortalité importante. Réfugiés espagnols, habitants d’Alsace-Lorraine et populations juives, sont passés par ces camps effacés de l’histoire. "Depuis, la Cimade a poursuivi sa mission de solidarité internationale en œuvrant pour l’amitié franco-allemande et en soutien aux peuples décolonisés" poursuit la responsable régionale.

    En 1984, une convention est passée entre l’État et la Cimade lors de la création des premiers Centres de rétention administrative (CRA) "alors présentés comme un progrès par le socialiste Pierre Joxe", souligne Maud Steuperaert. L’association a d’abord pour mission d’apporter une aide matérielle aux étrangers enfermés dans ces centres. Représentante de la société civile dans ces lieux d'enfermement, elle sert également de garde-fou contre les dérives policières. Avec la complexification des lois relatives aux étrangers, la Cimade apporte également un soutien juridique aux étrangers dans l’exercice effectif de leurs droits. Quant aux témoignages, ils ont toujours été au centre des actions de l’association. Aussi réalisés par des salariés en rétention*, ils sont aujourd'hui effectués par des citoyens soucieux de mettre par écrit cette réalité sordide.

    *Chroniques de rétention, chez Actes Sud

     

    Circule le capital et au trou les migrants !

    Patrouillez dans les gares, les urgences,

    Les CCAS, de Pôle Emploi les agences,

    Puis cueillez-les, la nuit,

    Sans vague, sans bruit,

    Et internez-les, là-bas, avec les chiens errants.

     

    Surtout, soyez à l'aise, ce que vous faites est parfaitement légal,

    À l'intérieur du camp, de tout ce dont ils ont besoin, ils pourront bénéficier :

    Service juridique, service repas, service blanchisserie, service infirmier.

     

    Nous contrôlons les ondes, des esprits nous poursuivons la colonisation,

    Des bataillons entiers sur tout le territoire relaient le message :

    "Il faut être humain mais ferme", "à quitter le territoire ils ont vocation",

    "Ils ont épuisé tous les recours". Soyez prêts pour le décollage.

    L'impasse

    Le centre de rétention de Saint-Jacques-de-la-Lande se trouve au fond d'une impasse située dans une vaste zone de bosquets, de terrains déserts et de hangars industriels. Il est le seul bâtiment situé sur cette impasse sans nom, si bien que personne ne peut tomber sur le centre s'il n'en a pas fait sa destination.

    Questions

    28 personnes sont retenues au centre ce jour-là : certaines depuis la veille, d'autres depuis quelques jours, d'autres depuis plus de 10 jours, d'autres depuis plus de 20 jours, d'autres depuis presque 45 jours... Deux personnes, deux seulement, sont d'accord pour recevoir une visite. Pourquoi accepte-t-on de rencontrer un(e) Français(e) quand on est enfermé par l’État français dans l'optique d'être expulsé du territoire français ? Pourquoi a-t-il accepté, LUI, de nous rencontrer ? Comment voulez-vous qu'il parle d'un passé compromettant, d'un futur incertain, d'un présent de grillages et de barbelés ? Pourquoi voulez-vous qu'il parle, puisque nous ne voulons plus de lui ? Se taire, inventer sa vie ou devenir personne, n'est-ce pas la seule liberté qui reste à l'homme retenu ? Qu'allons-nous faire de ses paroles ? Ne serait-ce pas le trahir de dire ce qu'il a essayé de taire ?

    Comme une bête en cage

    L'idée d'être pris, obligé, coincé, comme un animal piégé, revient sans cesse dans le discours de Brice Camara.

    "Nous, on a pas de papiers et on nous tient cois".

    Brice Camara n'en a pas l'air, mais il se débat comme un animal piégé qui cherche à rompre les mailles de son filet pour recouvrer la liberté. Au moment où il parle, il a dû comprendre qu'il est inutile de se débattre en rétention, car ici il y a plus fort que l'homme : l’État. Ici, l’État le serre dans son étau.

    "Nous, on n'a pas de papiers et on nous tient cois"

    Si les 26 autres ne veulent pas parler, c'est donc probablement qu'ils ont la gorge si serrée...

    Dégage, rentre dans ton pays

    Découvrez la capsule sonore diffusée sur Jet fm :

    Un jour, des professeurs du lycée de P. nous appellent pour intervenir en toute urgence dans leur établissement. Des tensions avaient éclaté entre des jeunes Français et un jeune étranger et il fallait rétablir au plus vite le vivre-ensemble. Les jeunes Français avaient eu des propos un peu déplacés, ils avaient dit à leur camarade à la peau un peu plus sombre que la leur : "dégage, rentre dans ton pays". Aujourd'hui je suis face à Monsieur Camara, peau sombre, enfermé au centre de rétention de Saint-Jacques-de-la-Lande depuis plusieurs semaines et à qui la France a dit : "dégage, rentre dans ton pays". Qui va nous appeler pour que l'on explique qu'on ne traite pas un homme ainsi ? Et à qui allons-nous l'expliquer ?

    La voix passive

    Le jour te réveille, les souvenirs t'assaillent, la peur te saisit, les policiers t'emmènent, te ramènent, ton Dieu t'appelle à la prière, on t'oblige à sortir de ta cage pour le ménage, ton nom retentit jusqu'à tes oreilles dans la cour immense et vide suivi de "visite", la porte s'ouvre, les visiteuses te saluent et te questionnent et ainsi vont les jours en rétention : "on te ferme... on te ouvert… on te oblige quoi". Le sommeil te gagne, tes paupières se ferment, des cris te réveillent.

    JLD (Juge des libertés et de la détention)

    La juge me fait signe d'entrer. Elle est la juge des libertés, donc elle peut me libérer. L'audience est publique, mais le public sait-il seulement ce qui se passe dans cette petite pièce de la Cité judiciaire de Rennes, et aussi comment accéder à ce lieu ? Bref, elle prononce son verdict en regardant alternativement ses documents qu'elle tient à la main et, en me regardant, par-dessus ses lunettes bassement chaussées sur son nez. Ses paroles se gravent sur mon disque dur : "J'ai considéré que le délai dans lequel le procureur a été contacté, un délai de 40 minutes environ, entre 17 h 05 et 17 h 45, était raisonnable... Je suppose que votre avocat ira devant la cour d'appel et on verra bien ce qu'en pensent les juges... En attendant, vous êtes donc maintenu en rétention où vous pourrez bien entendu continuer de bénéficier des consultations d'un médecin, des services de l'OFII et des conseils de la Cimade dont je vois certains représentants dans la salle...

     

    "On verra bien ce qu'en pensent les juges", me lance-t-elle, comme si elle tentait un truc pour voir si ça passera devant la juridiction suivante. Sauf que, ce "truc"- là, c'est ma vie, bordel ! Ma vie à moi qui suis en face d'elle. Sauf que d'ici le jugement de la Cour d'appel, à chaque instant, moi, ils peuvent m'emmener à l'aéroport et m'obliger à monter dans l'avion qui m'enverra loin d'ici. J'aurai beau hurler, rien n'empêchera ça, désormais. Les juges pourront penser c' qu'ils veulent, j' serai peut-être déjà loin le jour de la Cour d'appel...

    "Vous êtes donc maintenu en rétention où vous pourrez bien entendu continuer de bénéficier de ...", dit-elle. Mais bénéficier de quoi ?... De pouvoir gober quelques anxiolitiques quand je sens que j'étouffe ? Ou d'avaler deux somnifères pour enfin pouvoir dormir et ne pas entendre tous les bruits et gémissements du centre et d'ailleurs qui turbinent dans mon cerveau ?

    Mais elle a pas l'air méchante, elle fait son boulot, elle en voit tellement des comme moi qu'elle tente un truc de temps en temps. Mais au fond, ça doit pas l'amuser. D'ailleurs, elle n'était pas obligée d' me dire que tout allait bien s' passer, que le p'tit garçon, il allait continuer à être chouchouté au cracra. Elle aurait pu s'arrêter à "vous êtes donc maintenu en rétention". Si elle a continué, c'est probablement que ça la gênait un peu de terminer là-dessus.

    * Obligation de quitter le territoire


    L'auteur : Cyrille G.

    "Ce que j'ai découvert était pire que tout ce que j'imaginais"

    Cryrille G. : bénévole à la Cimade. Militante. Depuis 1995, Cyrille défend la cause des sans-papiers. Elle a d'abord participé à des manifestations pour défendre ses idées. Un engagement "de principe", selon elle. "Nous sommes tous étrangers quelque part. La xénophobie a envahi et détruit l'Europe à plusieurs reprises, donc il est indispensable de la combattre." En 2009, elle décide d'aller plus loin, d'apporter un soutien directement sur le terrain, et pousse la porte de la Cimade. "Ce que j'ai découvert était pire que tout ce que j'imaginais. J'étais loin de me douter que la loi française autorisait si peu de personnes étrangères à séjourner en France, et loin aussi d'imaginer à quel point être privé du droit au séjour peut ruiner l'existence d'un homme, d'une femme, d'une famille. J'étais effarée, incapable de trouver les mots pour décrire cette réalité. Pouvoir en parler à présent et redonner le pouvoir à tous ces héros opprimés me semble d'autant plus important que les campagnes publiques construisent une réalité aux antipodes de celle que j'observe toutes les semaines." Et pour agir, Cyrille met les bouchées doubles. En plus de ses interventions au Centre de rétention administrative de Rennes, elle intervient dans des établissements scolaires et associations pour sensibiliser le public et conseille les migrants sur leurs droits.

     

     

     

     

     



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