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    Voyage dans la Bretagne aux vins "prohibés"

    Alain Poulard dans les vignes de l'association Berligou à Couëron Alain Poulard dans les vignes de l'association Berligou à Couëron - © Thibault Dumas

    Temps humide, cidre iconique et mauvaise réputation… le vin breton navigue à vents contraires. Surtout qu’en dehors des bords de Loire, toute viticulture était de facto prohibée pendant près de 80 ans. Un blocage qui s’est effacé au 1er janvier 2016 avec la libéralisation (limitée) des droits de plantation. De quoi provoquer un renouveau culturel ? Rencontre avec Guy Saindrenan, auteur de La vigne et le vin en Bretagne (éditions Coop Breizh, 2011), et deux néo-viticulteurs.

     

    Sur la carte de France du vin, la Bretagne est majoritairement au-dessus de la limite nord de la viticulture, la Loire et le Muscadet. Qu'en est-il sur le terrain ?

    Guy Saindrenan : "La situation est relativement simple. Il y a aujourd’hui le vignoble nantais et le vignoble du pays de Retz. Cela concerne donc essentiellement le Sud-Loire, même s'il y a quelques vignes dans le Nord-Loire, à Carquefou ou Nort-sur-Erdre. Dans le Morbihan, il reste une vigne à Pénestin, à l’embouchure de la Vilaine. Il y en a également une autre dans le sud de l’Ille-et-Vilaine, près de Redon, à Renac. Je parle ici de vignes qui ont une existence légale et officielle."

     

    Guy Saindrenan chez lui à Nantes - 44 © Thibault Dumas (2) Guy Saindrenan chez lui à Nantes - 44 © Thibault Dumas

    À l’inverse, si l’on parle de vigne illégale et non-officielle, le chiffre de 100 à 200 viticulteurs est parfois avancé…

    "C’est sûrement plusieurs douzaines, mais est-ce que cela atteint 100 ou 200 ? Je ne sais pas. En revanche, ce que l’on peut constater, c’est qu’un peu partout en Bretagne, y compris dans les régions les plus inattendues, car réputées les plus inhospitalières à la vigne, il y a des gens qui en ont (re)planté. La plus ancienne est celle de Jean Donnio, qui a environ vingt ans d’âge. On est dans la vallée de l’Oust, au sud des Côtes d’Armor, à la limite du Morbihan. Il a planté à peu près un demi-hectare de deux hybrides producteurs directs [HPD, qui évitent l’uniformisation et résistent mieux aux maladies, ndr] autorisés, pas interdits. Les plants sont du Maréchal Foch et du Plantet."

     

    Quel est le profil de ces viticulteurs, ce sont plutôt des particuliers ou des acteurs associatifs ? Car même en dessous d’un hectare il faut faire une demande auprès de France-Agrimer, à Angers…

    "En général, les gens n’ont rien demandé ! De bonne foi, ils ignoraient que la réglementation impose une autorisation pour planter un ou deux pieds de vigne. Jean Denio a par exemple planté 20 ou 30 ares. Pris d’un doute, il demande en 2009 aux douanes nantaises si il est dans la légalité. Sa vigne avait plus de dix ans, donc l’arrachage n’a pas été imposé, mais la vigne a été condamnée à la distillation, aux frais du viticulteur et au bénéfice de l’État. De fait, la sanction n’a jamais été appliquée, et on a fini par légaliser sa vigne en l’inscrivant au cadastre viticole. Mais cela reste un amateur, qui n’a pas le droit de commercialiser son vin. D’autres, comme l’association Coteau du Braden à Quimper, sont sur un terrain mis à disposition par la Ville. Ils ont eu l’intelligence de suivre les conseils d’un professeur de l’université de Montpellier qui leur a dit : "oui, oui, on peut faire pousser de la vigne ici". Depuis 2010, ils produisent du Chardonnay et du Pinot gris."

     

    C’est le résultat de décisions politiques plutôt que d’une situation géographique alors ?

    "Dès le IIIe siècle, il y a de la vigne un peu partout en Bretagne, pour une raison très simple : l’Église catholique a besoin de vin pour la messe ! Cela ne veut pas dire qu’il était bon, mais qu’il était produit. C’est donc bien le résultat de décisions politiques. Les premiers textes réglementant la viticulture sont arrivés à la fin du XIXe siècle, avec une définition de ce qu’était le vin pour lutter contre les vins factices, trafiqués. Les catastrophes sanitaires réduisaient alors la production de vin, le phylloxéra détruisait la vigne. Très rapidement, on se retrouve dans une situation nationale de déficit de vin et on se met à en faire avec tout : figues, raisins secs, etc. De proche en proche, les viticulteurs ont reconstitué la vigne, notamment à partir de plants greffés. L’idée qui a prévalu était de planter des vignes nord-américaines, naturellement résistantes, et d’y greffer des vignes européennes, meilleures, pour retrouver des cépages français. Résultat, avec ces cépages hybrides, ces vins artificiels et surtout l’extension démesurée du vignoble méditerranéen, on s'est retrouvés au début du XXe siècle en situation de surproduction."

     

    D’où l’interdiction de six cépages hybrides en 1935. Parallèlement, y a-t-il eu une limitation spécifique à la Bretagne ?

    Non, ce genre de décision n’a jamais été prise. C’est bien plus insidieux que ça. Prenons l’exemple du vignoble de la presqu’île de Rhuys, au sud du golfe du Morbihan. Il a été détruit par le phylloxéra à partir de 1903. Ensuite, la Première Guerre mondiale éclate, les hommes s’en vont. En 1920-1921, la vigne est un peu reconstituée à partir d’hybrides, bientôt interdits à la vente, au transport et à la plantation (1935), puis condamnés à l’arrachage (1956). De plus, ce ne sont pas des pays à forte tradition viticole. En dehors de Nantes et peut-être de Rhuys, il y a peu de gens qui vivent de la vigne. Entre-temps, le transport par citerne se généralise, le vin méditerranéen arrive par Nantes, Brest, Saint-Malo ou Saint-Nazaire. Plus besoin d’avoir de vigne localement en Bretagne. Or, on a continué à réglementer, en décrétant les départements où elle a disparu comme non-viticoles, donc interdits à la plantation !

     

    Le Muscadet, (ex) mal-aimé

    "Le Muscadet est injustement déprécié, sa notoriété est aussi grande que celle de sa médiocrité", se désole Guy Saindrenan. En cause ? Une réputation de vin blanc acide donnant mal au crâne ainsi qu’un vignoble nantais où l’individualisme des viticulteurs a perduré. "Au XVIe siècle, déjà, les seigneurs du Pays Nantais préféraient servir de l'Anjou à leurs hôtes alors que le Muscadet était réservé aux servants. Les légendes ont la vie dure : Nantes fait d'excellents vins et même le "mauvais" Muscadet est tout à fait consommable".

    S'il est classé AOC dès 1936, un affinement des techniques de vinification et une complexification des arômes se sont opérés depuis la fin du XXe siècle. Avec un prix toujours abordable – 2 euros minimum la bouteille –, le succès est au rendez-vous pour les quatre appellations du "Musca" : près de 75 millions de bouteilles produites annuellement pour 11 727 hectares cultivés, principalement Sud Loire. Depuis deux ans, l’appellation principale a même (ré)intégré le top 10 des vins les plus vendus en grandes surfaces.

    Cela a figé une situation pendant quasiment 80 ans. Comment expliquer aujourd'hui l’appétence nouvelle de certains habitants pour la culture du vin ?

    Il y a sans doute un effet de nostalgie, d’une culture de vigne entrevue puis disparue. Quand j’étais enfant [Guy Saindrenan a 72 ans aujourd’hui, ndlr], on produisait encore à Sarzeau, sur la presqu’île de Rhuys. Une curiosité aussi, vis-à-vis d’un passé qui paraît d’autant plus intriguant que l’activité a disparu. Mettez-vous à la place de quelqu’un qui apprend que dans son village on a cultivé de la vigne au XVIIIe ou XIXe siècle. Je comprends qu’il soit tenté d’essayer à nouveau, pour voir si cela marche encore. Et puis des amateurs de vin il y en a partout, en Bretagne et ailleurs !

     

    Que va changer la libéralisation du plantage du 1er janvier 2016 avec les premières commercialisations en 2019 ?

    On ne va pas assister à une révolution, car il y a un encadrement annuel de l’extension de la viticulture à 1 % de la surface totale d’exploitation, soit 750 000 hectares en France. En revanche, je pense que localement, la viticulture va réapparaître à la plus grande satisfaction de tous les habitants. Sur la presqu’île de Rhuys, où il y a par exemple trois ou quatre projets, il ne faut pas perdre de vue qu’on est au bord de la mer, avec beaucoup de touristes. Quoi de plus satisfaisant que de partir avec une bouteille de vin du cru, présentée comme le nec plus ultra de la viticulture française ? Les projets que je connais sont portés par de vrais pros qui a mon avis feront de belles choses.

     

    Cela peut-il se coupler avec le retour des cépages Clinton, Herbemont, Isabelle Noah, Jacquez et Othello, interdits mais nécessitant moins de traitements ?

    Je n’y crois pas trop, car les vices dont on les accuse sont réels. Par exemple le Noah, historiquement très en vogue par ici, était accusé de rendre les gens fous. Objectivement, on sait maintenant que ce sont des raisins riches en pectines. Quand on l’hydrolyse, cela produit dix fois plus d’alcool méthylique, l’alcool à brûler. En termes de santé publique, je serais donc très étonné qu’on les réautorise. À leur décharge, ils ont été diabolisés pendant l'entre-deux-guerres et n’ont pas fait l’objet de beaucoup de recherches.

     

    Qu'en est-il du mythe du climat breton qui ne se prêterait pas à la viticulture ?

    C’est faux. Du Chardonnay mûrit très bien à Quimper, il en résulte des vins dans la norme, à 12-12,5 degrés. Par contre, si on en plante dans le Pays Léonard, au-dessus de Brest, il ne mûrit jamais. Donc la limite climatique traverse le Finistère. Que le climat influe la culture de la vigne, c’est incontestable. Que le climat breton soit inadapté à la culture de la vigne, c’est très contestable. Actuellement, il y a un vignoble à vocation commerciale de cinq hectares en cours de constitution du côté du Pays Bigouden. Et je suis convaincu que ça marchera.

     

    À Couëron, on se "réapproprie l’espace"

     

     

    Pour sûr, Alain Poulard, 63 ans, est un passionné. Déambulant dans "ses" 7 ares de vignes plantées il y a six ans à Couëron (Loire-Atlantique), ce pilier de l’association Berligou est intarissable sur la viticulture : "La mairie a mis à notre disposition ce territoire communal, autrefois planté en vignes. On a procédé dans les règles de l’art, en faisant une demande de droit de plantation à France Agrimer. Il a fallu attendre un an pour l’obtenir. On essaie de retrouver les racines de la viticulture du Nord Loire : à Couëron, chaque ferme avait sa parcelle de vigne".

    La production annuelle de 500 bouteilles de Berligou, un Pinot Noir breton d’ascendance royale, s’écoule en rosé/rouge à l’occasion d’une quinzaine d’événements associatifs. "On sait que derrière, il y a des agriculteurs qui vont se lancer pour remettre au goût du jour ce beau cépage oublié, explique le retraité. L’idée est de créer un produit de niche, à haute valeur ajoutée, qui sera vendu entre 8 et 14 euros la bouteille".

    La vigne est un patrimoine à réapprivoiser, et dresser une barrière autour des plants de vigne s’est avéré contre-productif. "Les gens, c'est vraiment leur vigne maintenant. Ils se sont réapproprié l'espace. Nous avions fait une erreur au départ : c'est bien que cette vigne soit ouverte à tous".

    Alain Poulard dans les vignes de l'association Berligou à Couëron - 44 © Thibault Dumas Alain Poulard dans les vignes de l'association Berligou à Couëron - 44 © Thibault Dumas

    À Treffiagat, on cherche à "susciter l’envie des jeunes"

     

     

    Deux familles de viticulteurs sur plusieurs générations, un goût marqué pour l’œnologie : le vin est d’abord une affaire "de gènes" pour Sylvie Guerrero, 50 ans. Cette responsable de service clients est déterminée depuis une demi-décennie à faire naître "le premier vin breton" commercial avec sa compère Gaëlle Courtès.

    Une reconversion en forme de combat : "Je suis agacée par la lenteur. La libéralisation européenne date de 2014, mais n’est appliquée en France que depuis 2016. C’est deux ans de perdus pour moi, soit une récolte ! Le lobbying de la Bourgogne, du Bordelais et de l’Alsace, a été fort et efficace...". Les néo-vins bretons seront en effet sans appellation géographique. Tout se jouera donc sur le nom, gardé secret du côté de Treffiagat-Léchiagat (Finistère).

    Un demi-hectare de vignes planté en décembre, 3,5 à terme, les ambitions de Sylvie Guerrero sont modestes. Les cépages de blanc – Treixadura et Albariño – viennent de Galice, au climat similaire. La culture se fera en pergola à 1,8 mètre de haut, une méthode peu répandue en France. Manière de voir plus loin. "Ce qui m’anime, c’est de remettre au goût du jour des vins oubliés, de susciter de l’envie chez des jeunes touchés par le chômage dans une Bretagne à l’agriculture en crise".

    Sylvie Guerrro met son premier plan en terre à Tréffiagat - 29 © Claudine Laurent Sylvie Guerrro met son premier plan en terre à Tréffiagat - 29 © Claudine Laurente

     

     

     

    Thibault Dumas
    Thibault Dumas

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